Raoul MASCLEZ
***************
dessin de Joseph BONNEL
Surnommé "Tonton", bien avant François MITTERRAND.
Raoul MASCLEZ fut professeur de Sciences Naturelles et de Sciences Physiques à l'École Normale d'Instituteurs d'Arras de 1945 à 1974.
Il est né en mai 1914 à Bouin (62140) dans une famille d'agriculteurs.
Il fut élève-maître de notre école de 1930 à 1933.
Adresse: 79 rue Émile ZOLA 62000 Arras
Signature :
Et n'oublions pas: F = m .... gam-ma !
Raoul MASCLEZ est décédé le lundi 22.02.2010, à Arras, dans sa 96ème année.
Emile JESSUS (42-46): (Bulletin de l'Amicale n° 52, mars 1992)
"Oui, oui, celui qui est toujours là. Que voulez-vous, il nous trouva si attachants, il se fit grâce à nous une telle image du « Normalien », que jamais plus il ne voulut quitter la maison. Et pourtant, M MASCLEZ, que de crimes on commit en votre nom ! On disséqua l’escargot et la grenouille. On reconstitua le squelette d’un animal (au choix) qu’il fallut bien tuer au préalable. A cette occasion, un copain proposa la carcasse parfaitement conservée d’un corbeau découverte dans un champ, mais on jugea qu’il avait triché. Un autre apporta un lundi les os à peine rongés du lapin dégusté le dimanche à la table familiale, les rangea dans son casier au fond de l’étude, et les y oublia trois semaines, ce qui nous valut deux jours de congé pour cause de désinfection.. D’autres enfin, détail horrible, s’emparèrent au cours des vacances de Pâques, d’un malheureux chien errant dans les rues de Bapaume, le confièrent à l’un de leurs amis, tueur aux abattoirs, et … imaginez la suite ! Le propriétaire de la pauvre bête la réclama trois mois durant dans les colonnes d’un quotidien. Vous l’étonneriez si vous alliez lui dire qu’il peut encore aujourd’hui la récupérer dans un vitrine d’un labo de l’ EN ".
Georges ROYON (50-54): (Bulletin de l'Amicale n° 52, mars 1992)
« Raoul MASCLEZ, la terreur de plus de 25 promotions ! Le couloir du premier étage qui menait à l’amphi de chimie, c’était le Corridor de la Mort ! Ainsi, en première année, nous avions cours avec lui le mercredi de 15h à 16h30 après nos camarades de 1ère A. Nous révisions fébrilement une dernière fois nos cours en prévision de la fameuse interrogation écrite, exercice craint entre tous, toujours annoncée pour la fois suivante, jamais infligée ! Il fallait voir la mine défaite de nos camarades à leur sortie, encore sous l’effet d’une intense tension nerveuse. La nôtre ne devait pas être moins sinistre ! Comme nous les enviions à cet instant précis ! Et c’étaient lez chuchotements pour savoir si la fameuse interro avait eu lieu. Il n’y en eut pas de l’année. Hitchcock avait dû prendre des cours à Arras avant de se lancer dans le cinéma ! ».
Denis LAMARRE (57 - 61):
M. MASCLEZ avait avec nous une autre phrase, ou plutôt deux:
- " Je vous apprendrai, MOI, comment mettre les deux épaules d'un homme par terre! " (Ça, c'était quand il était de bonne humeur)
- "L'homme, créé par la femme, poursuivi par les aberrations de l'analyse transcendantale, à la recherche du rhinocéros à narines cloisonnées..." (Ça, c'était quand un interrogé avait répondu une sottise)
Raoul MASCLEZ (30 - 33): (Bulletin de l'Amicale n° 61, avril 2001)
" Le 21 mai 2000, j'ai eu l'immense bonheur de réunir 78 survivants de notre promotion ( la 30 - 33) pour fêter le 70ème anniversaire de notre entrée à l' EN.
Madame SERGENT a même accompagné notre ami Désiré qui a été longtemps réticent. Elle a réussi à le décider.
C'est probablement l' ultime rencontre de ceux que l' un des nôtres appelait " les DINOSAURES de la Pédagogie "...
Dès le 2 janvier, j'avais pris les 1ers contacts : en dépit des problèmes de santé, nos amis donnaient leur adhésion sur le champ: Roger FAIRISE, Gilbert QUENELLE, Céleste MERCIER, Marcel DENOEUX, Maurice SCREVE,Guy HAUTEFEUILLE, Désiré SERGENT.
Hélas! La maladie et la mort continuent leurs ravages. Dès le 13 août, SCREVE nous quittait. Paul MIERMONT et Noël PEROTTO sont partis après la réunion anticipée de 1995. Fernand HOUZIAUX et Eugène DELOBEL sont décédés en 1995. Hélène DELOBEL me charge de transmettre ses amitiés à tous ceux qui se souviennent de son mari; je sais qu'ils sont nombreux.
Raymond ROUSSELET, Jean LELEU, Michel BRANQUART et bien d'autres souffrent de lourds handicaps. Mais ils ont gardé la jeunesse de coeur; elle imprègne leur courrier. Ils ont bien pensé à vous tous en ce 21 mai 2000."
Bruno PETIT:
Il était un challenge interne en relation directe avec ce cher Tonton: c' était la "Cravate jaune".
Et j'en parle en connaissance de cause, car je l'ai portée sans discontinuer pendant un laps de temps non négligeable. Je me demande même si je ne la retrouverais pas en fouillant dans le tréfonds du tiroir de la commode.
Mais de quoi s'agissait-il donc ? Petit rappel historique...
En ce temps là, dans l'amphithéâtre à côté de la grande verrière, il y avait un petit monsieur en blouse blanche, port altier, torse bombé, de la mitraille plein les chairs, glanée au cours d'opérations périlleuses sur les théâtres extérieurs, qui nous accueillait en réprimant un sourire à voir nos tronches terrorisées. Il disait de drôles de choses comme : "Nous monterons à l'assaut des djebels, le couteau entre les dents !". Et nous, bien rangés dans le couloir, silencieux, nous balisions sec !
C'est qu'il avait la main leste le monsieur ! Ça tombait pour un oui pour un non, toutes les occasions étaient bonnes !
Alors, pour quantifier tout ça, nous, on tenait les comptes. Et, dans notre salle d'étude, derrière la porte, il y avait une feuille affichée avec, en regard de nos noms, autant de petits bâtons que de baffes reçues par ce cher Tonton. Et chacun rajoutait ses bâtons en revenant du cours, scrupuleusement, sans tricher, mais sous l'oeil attentif quand même de ses petits camarades. Et celui d'entre nous qui en avait reçu le plus depuis le début de l'année scolaire était promu "Champion" et, pour le distinguer dans la foule des gens ordinaires, il était tenu de porter une cravate jaune, un vague bout de tissu à la couleur très voyante. Je l'ai portée, cette cravate, des semaines durant. J'étais indécrottable ! Il faut dire que je les cherchais ces baffes. Au premier rang, allée centrale, juste devant Tonton, toujours à ouvrir ma grande gueule et fréquemment pour dire une connerie, enfin, d'après Tonton! ... Et Paf ! "Mais non, Monsieur... !"...Ce que je m'en suis pris !
Remarquez qu'un jour, j'ai bien failli être détrôné par je ne sais plus quel challenger. On étudiait le pendule en TP et Tonton demandait ce que c'était à un de nos camarades. A défaut de pouvoir s'expliquer clairement et intelligiblement, ce dernier se mit à imiter le mouvement d'un balancier avec le bras, de droite à gauche puis de gauche à droite, plusieurs fois de suite... Quelle occasion pour Tonton ! " Ah oui! Monsieur! C'est comme ça !"... Et paf sur la joue droite en coup droit à l'aller, et paf sur la joue gauche en revers au retour, deux fois, trois fois... Et nous, on était tous à compter à voix basse en se marrant: 3..., 4..., 5..., 6... Certains se tournaient vers moi d'un air de dire: "Ch' coup chi, t'as trouvé tin mait' ". J'ai bien failli, en effet. Heureusement, j'avais une bonne avance, que je n'ai pas tardé à conforter d'ailleurs, lors des cours qui suivirent...
Bernard GRARE:
Je garde le meilleur pour la fin avec les cours de sciences physiques en terminale de Monsieur MASCLEZ. Un concours existait : le concours de "Cravate jaune". En effet, devait porter la cravate jaune en classe celui qui recevait de Monsieur MASCLEZ le plus grand nombre de claques. Ainsi je fus longtemps le recordman car, lors d’une séance de manipulations sur le pendule pesant, ayant trop écarté ce dernier de sa position d’équilibre et sous les remarques désabusées d’Albert FACON, MASCLEZ est arrivé et, tout en me faisant réciter la leçon, à chaque syllabe, une claque venait réchauffer alternativement chacune de mes joues. J’en reçus 62 !
Alain LOUAFI:
Je me suis réveillé avec en tête ces deux formules de Tonton MASCLEZ. Tu dois t'en souvenir !
La première qu'il lançait théâtralement lorsqu'il pénétrait dans la salle de classe: " Messieurs, le taureau entre dans l'arène ".
Et la deuxième, je ne sais plus dans quelles circonstances il l' utilisait: " Avec moi, ce n'est pas "oeil pour oeil dent pour dent" mais "pour un oeil les deux yeux, et pour une dent toute la gueule" ".
Michel KASPERSKI:
A mon tour, une petite anecdote concernant notre Tonton national.
Présentation du TP sur la chute des corps: une bille en acier qui tombe de différentes hauteurs. Mesure des temps de chute avec le fameux chronomètre électrolytique à la "liqueur de Janet". Une feuille de papier filtre imbibée de cette liqueur, posée sur une plaque métallique, un bouchon en liège traversé par un clou dont la pointe devait être déplacée d'un mouvement régulier sur le papier filtre pendant la chute de la bille, pour y inscrire des tirets correspondant au 50 Hz et permettant de mesurer le temps de chute. Le secteur (110 V à l’époque, mais quand même, ça secoue) était relié à la plaque métallique et au clou. Il fallait tenir le bouchon et uniquement le bouchon !!
Tonton, théâtral comme à son habitude, la voix bien posée : « Je vous préviens Messieurs; cette expérience est très dangereuse! La tension du secteur ne pardonne pas. Certains n’y ont pas survécu ! Alors soyez très attentifs et ne touchez à aucune partie métallique, sinon je n’aurai plus qu’une chose à faire : appeler les pompiers. Mais soyez certains qu’avant qu’on ne vous emmène les pieds devant, je vous mettrai ZÉRO ! »
Finalement, malgré les conditions de sécurité inexistantes, le TP s’est déroulé sans incident. Mais je pense qu’on avait quand même tous la trouille .
Jean-Michel HOTTIN:
Je viens de lire avec plaisir l'anecdote de Michel KASPERSKI . Elle a fait ressurgir en moi un souvenir relativement précis dont les circonstances sont assez ressemblantes .
Nous étions en TP de physique avec Tonton. Mécanique . Mouvement linéaire . Bref , l'exercice consistait à faire rouler une bille métallique sur une tige en U inclinée , d'observer et de mesurer . Après nous avoir donné ses consignes , Tonton nous prévint avec un calme dont la profondeur nous glaça , qu'il était absolument inimaginable que la moindre bille ne tombât sur le carrelage de la salle . Les travaux commencèrent donc , comme d'habitude dans une tension "physiquement" palpable . Tout se passait pour le mieux jusqu'à ce qu'un ding.........ding....ding..ding , évidemment métallique , annonça que les festivités allaient commencer . Toutes les têtes rentrèrent dans les épaules . Nous entendîmes Tonton quitter l'estrade , se précipiter vers le fond de la salle , puis PAN ! Quand il eut regagné son petit labo , nous osâmes nous retourner : Zézette avait morflé ... Il vacillait imperceptiblement , et ses yeux , derrière ses lunettes de travers , vagabondaient , dans un rêve , sur le tableau de MENDELEIV . Alors , ceux qui le pouvaient encore , remirent un cran au serrage de leur humble fessier . Personne n'a ri . Même après . André DACHEVILLE avait joué ce jour-là le rôle de paratonnerre dans l'échelle des probabilités des malheurs , et nous en étions tous lâchement soulagés . Moi , du moins , je l'étais . Et , rétrospectivement , je le suis encore .
Hervé CHARPENTIER:
Classe de mathématiques élémentaires, année scolaire 1963 – 1964, un vendredi à 14h 30.
Nous avions cours avec Tonton , chaque vendredi après-midi, de 14h 30 à 16h 30 et de 17h à 19h (rude après-midi).
Cet après-midi là, nous étions sagement rangés dans le « couloir de la mort » à la porte de la fameuse salle 32 et dans un silence religieux, nous attendions la sortie de nos petits camarades.
Quand la porte s’ouvrit, libérant les heureux veinards, une seule et même question fusa de nos lèvres : « Il a fait casquette ? Il a fait casquette ? ». Et, bizarrement, aucune réponse ne fut faite à nos questions. Pourquoi ? Et bien, pendant que les élèves sortaient de la salle par la porte, Tonton était sorti, lui, par la porte de son labo, donc dans notre dos et invisible pour nous, mais à la vue des autres. Et quand ils eurent évacué le couloir et que le silence fut revenu, nous entendîmes s’élever derrière nous cette voie reconnaissable entre mille et qui nous dit : « Pas de casquette ». Demi tour pour tout le monde et nous le vîmes, debout au milieu du couloir, les mains dans les poches, un petit sourire accroché à sa face et qui ajouta après un silence qui nous sembla une éternité : « Aujourd’hui, messieurs, ce sera un véritable chapeau ! ». Et après quelques instants passés à savourer l’effet que ses paroles avaient produit, il nous fit entrer en classe.
Je ne me souviens plus s’il a tenu sa promesse.
******
Une autre fois, alors que nous étions en cours, il s’arrêta et nous adressa la parole en ces termes : « Messieurs, j’ai entendu dire que certains professeurs avaient à se plaindre de vous, que vous les chahutiez en cours. Est-ce vrai ? ».
Silence de mort dans la salle. Et, quelques instants après, il ajouta, toujours avec son petit sourire : « Moi aussi, j’aimerais bien être chahuté de temps en temps. »
Je ne me souviens pas d’avoir entendu dire que son désir avait été exaucé.
******
En classe de maths élem toujours, Tonton avait été mis au courant (comment ?) pour la cravate jaune. Et de temps en temps il s’y intéressait. Il cherchait qui la portait, qui était deuxième, avec combien de retard, etc… Et il arriva qu’il se prît au jeu, modifiant ainsi volontairement le classement.
******
Une autre fois, un de ces très longs vendredis après-midi (il nous arrivait parfois de sortir de la salle 32 et de croiser ceux qui avaient terminé leur repas et partaient pour le ciné club), Tonton s’était lancé dans une démonstration de physique dont il avait le secret : repères orthonormés, équations, courbes, etc... Bref, il y en avait plein le tableau. Et d’un seul coup, plus rien, le grand silence. Tonton était devenu muet devant son grand tableau . Inimaginable, mais Tonton avait calé, il était perdu. Il avait beau réfléchir, il était dans l’impossibilité de continuer. Il se tourna vers nous et nous demanda si quelqu’un pouvait l’aider. On se met à réfléchir et après quelques instants, après avoir pensé et repensé ce que j’allais dire, je lève, après mure réflexion, timidement mon doigt. Et je termine, avec grande émotion, la démonstration. Tonton me félicita, descendit de son estrade, me gratifia d’une petite tape sur la nuque et d’un 20 en physique (le seul de mon année). Il put alors reprendre son cours et le terminer.
******
1990 ou 2000 ? Je sais plus. Patrick (ANSEL) au secours! Réunion de promotion sous la verrière et, cette année là, Tonton était présent. Nous sommes allés le saluer en lui rappelant qui nous étions. Nous étions rassemblés au pied du perron de droite et Tonton trônait à son sommet. Patrick est alors arrivé. On l’a envoyé saluer Tonton en lui faisant remarquer qu’il portait une superbe cravate jaune. Patrick a certainement été le dernier de la promo à se faire « confirmer » par Tonton sous nos applaudissements.
Claude SARRAT:
En relisant les anecdotes sur Tonton, je repense à sa célèbre et sympathique mise en garde à l'intention de ceux qui avait du mal à suivre : Messieurs, si l'un d'entre vous ne comprend pas, qu'il monte sur sa table et dise "Raoul arrête-toi !".J'en connais un qui l'a fait et seul lui pouvait se permettre ce culot : "Zaza", notre regretté Jean-Luc Savary. Raoul en a ri et l'a quand même gratifié d'une claque peu appuyée.
François CHOJNACKI: MASCLEZ " in love"
Les trois coups traditionnels frappés, Raoul entre dans son cours.
Dans une main, un morceau de houille, dans l'autre un flacon transparent avec un liquide noirâtre, il déclame :
" Nylon = Charbon
Frivole = Pétrole
Je viens d'offrir à ma femme ceci et cela ! "
.............#..............silence .................Tonton tourne ..................# .................
Nous étions entrés dans l' intime sentimentalité de Raoul qui avait comblé son épouse d' une paire de bas et d' un autre article de lingerie.
MASCLEZ " in love ", SHAKESPEARE de la chimie.
Michel CUCHEVAL:
Fin 61, ou début 62, je ne sais plus : nous n'étions pas encore admis dans le cénacle des élèves de Tonton.
Celui-ci procède un jour à sa célèbre expérience de production et d'explosion d' un sac en plastique rempli d'acétylène, sous la verrière pour que ça fasse plus de bruit. Fière satisfaction des destinataires de 3ème année, inquiétude teintée d'impatience des 2ème année, découverte d'une cérémonie annuelle par les mulets (j'avais droit à la double casquette !).
Ce jour là, ce fut un brouhaha inhabituel dans la cour, avec le retour précipité de tous ceux qui étaient dehors (profs, surveillants, 4ème année) et qui avaient cru à un attentat de l' OAS...
Michel LEMOINE:
Je me rappelle certaines phrases récurrentes de Tonton-la Terreur (il se complaisait dans cette icône) : "La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a" ,quand il s'agissait d'expliquer certaines obscures mutations d' électrons... ou encore celle du gars qui faisait chauffer son café en tirant à coups de fusil sur sa cafetière,pour illustrer le principe de la conservation de l'énergie... Tous les copains ont eu droit à ces épisodes hilarants!
Pierre LAMPIN (54 - 58), surveillant de 58 à 62:
Ces deux histoires du début des années soixante mettent en scène notre cher Raoul (dit aussi Tonton, par nos jeunes). J'en fus le témoin oculaire.
La première eut pour cadre la Galerie de l' École, que j' empruntais ce jour-là dans le sens bibliothèque vers réfectoire. C'était l' heure des cours, tout était silencieux et j' étais arrivé à la hauteur du bureau des pions. - Souvenez-vous, on l'avait à l' époque munie d' un guichet sur lequel les normaliens venaient tapoter - . C' est alors que j' entendis le bruit d' une fenêtre qu' on essayait d' ouvrir un peu en avant de moi, sur ma gauche. Je m' arrêtais, tout étonné, car il s' agissait d' une des fenêtres de l' amphi de chimie obturées depuis longtemps et que personne n' ouvrait jamais car elles donnaient sur une galerie fermée. La fenêtre finit par céder et je vis jaillir un objet ailé qui vint, en virevoltant, s' écraser devant moi contre le petit mur qui supportait les géraniums de la galerie.
C' était un livre qui gisait là sur le sol, ouvert, les pages repliées. La fenêtre avait été aussitôt refermée et j' étais là, tout bête, à essayer de comprendre, quand je vis arriver vers moi, un normalien en blouse grise qui avait tourné à l' angle côté sciences: il venait manifestement de l' amphi de chimie.
Devant ma mine interrogative il me déclara, l' air mi-accablé, mi-fataliste: "C' est Monsieur Masclez... Il m' a dit de jeter mon livre par la fenêtre, alors je l' ai fait."
Sur ce il le ramassa son livre, le referma soigneusement et repartit l' air pensif vers la salle de chimie.Cette scène a eu bien d' autres témoins: toute une classe qui se trouvait dans l' amphi de chimie. J' espère qu' un normalot viendra un jour compléter mon récit en nous disant ce qui s' était passé côté amphi.
*********************
La seconde se rapporte à ces incroyables sessions du "Brevet Supérieur" qui se déroulèrent à la même époque à l' ENG d'Arras.
Si l' Education Nationale est une institution sans mémoire elle est aussi dépourvue de tout sens d' anticipation. C' est ainsi que l' on découvrit au début des années soixante, "le nez sur le guidon", d' énormes besoins en instits' (effectif de l' ENG en 1954: 247 élèves-maîtres, en 1962: 422). On se mit alors à recruter à tour de bras dans le département des "maîtres auxiliaires" titulaire du bac, puis on accepta le "niveau bac" puis le simple BEPC. Pour les titulaires du bac une titularisation ultérieure était possible, mais cela n' était pas le cas des autres. Cela faisait désordre et il fallait trouver un moyen de régulariser la situation de tous ces gens qui avaient "rendu service à l' Education Nationale", comme on disait alors.
La lumière jaillit un beau jour dans dans un des "cerveaux" de l' Inspection Académique:
Aucun texte n' avait jamais supprimé la possibilité d' enseigner dans le Primaire avec le BS (le Brevet Supérieur), examen que passaient autrefois les Normalots. Il suffisait donc de faire passer cet examen aux non titulaires du Bac et l' affaire serait réglée. Le BS prévoyant une interrogation en sciences naturelles et physiques Raoul et Ch' Ti Mait' furent bien évidemment requis (ça devait les rajeunir!) et il fut décidé qu' ils interrogeraient en salles de sciences car la partie orale nécessitait du matériel. Les pions furent eux aussi requis (comme "appariteurs"). C' est ainsi que "Filasse" (Herbin) et moi fument chargés de fournir aux profs susnommés le matériel scientifique nécessaire à l' interrogation et que je pus assister au dialogue suivant:
(Le candidat avait tiré comme sujet: "Le gaz carbonique". ce sujet ne l' inspirait manifestement pas.)Raoul: "Mais voyons , Monsieur, que se passe-t-il quand vous ouvrez une bouteille d' eau gazeuse, du Perrier, ou de la limonade, par exemple ?"
Le candidat: "Bin, ça fait pschittt !"
Raoul: "Mais pourquoi, ça fait pschittt ?"
Le candidat: "..."
Raoul: "C' est un gaz sous pression qui s' échappe de la bouteille, Monsieur... Et comment appelle-t-on ce gaz ?"
Le candidat: "Le, le ... l' hydrogène !"
Raoul (avec un soupir): "Eh bien, la prochaine fois que vous irez boire un demi dans un café, n' oubliez surtout pas d'éteindre votre cigarette, Monsieur !"Peu de temps après parut dans le supplément syndical départemental un article du SNI qui mettait en cause (en substance) ces horribles profs de sciences de l' ENG qui martyrisaient les pauvres candidats au BS, mettant ainsi en danger l' École Publique. Si mes souvenirs sont bons, cet article était signé Omer DEBRABANT.
J' offre un caram'bar à celui ou celle qui pourrait retrouver cet article et m' en envoyer une photocop'.*********************
L' épouse de Tonton enseignait à l' ENF, comme celle de Ch' Bougnat. Elles étaient toutes les deux profs de physique et ... pas commodes ni l' une ni l' autre. Je les eues comme collègue quand j' étais maître auxiliaire à l' ENF (1964-1965).
Daniel CACHERA:
J'admirais son sens du théâtre et sa culture, lui qui agrémentais son cours de citations littéraires et de déclamations de strophes entières.
Quand il envoyait au tableau un élève pour une manip (de chimie?), il aimait s'amuser à simuler la peur et feindre l'imminence d'un danger en allant se planquer sous une table dans le fond de la salle. Ce coup-là, il a dû nous le servir plusieurs fois?
En 3ème B, la "Cravate jaune". était portée par PAYEN, je crois. Il faut dire que les élèves du 1er rang avaient sans doute plus de chance que les autres d'hériter du fameux trophée.
***************
Pour revenir à la page précédente, fermez cette fenêtre.